(article écrit mi 2022 je crois) Le sujet fait souvent rire à gorge déployée chez les « droitards » qui sommeillent en nous : pour la 25ème fois, les écologistes, les amis de Mélenchon, les socialistes et quelques gauchistes passés chez Macron, veulent une alliance de la gauche, mais à condition qu’elle soit incarnée par leur parti. Et puis, ils n’y arrivent pas, et se font bouffer tout cru aux élections.
Mouais. Sauf qu’en 2022, Marine Le Pen n’a fini qu’avec 1% d’avance sur JL Mélenchon, le vote utile en leur faveur montrant que finalement, le camp de la vraie droite n’est pas si nombreux que cela. Si on schématise, au début des années 2020, la France est coupée en trois blocs égaux : des gauchistes, des centristes votant principalement Macron (mais aussi un peu PS « canal historique » et UMP), et des gens de droite (sachant qu’une partie de l’électorat de MLP sont d’ailleurs des gauchistes, mais il serait trop compliqué de rentrer dans les détails).
Du coup, dans un pays démocratique, la seule solution pour gagner à droite est :
- Soit d’être en « finale » contre l’extrême gauche et de séduire des centristes
- Soit de battre les centristes par un travail de sape de l’électorat « juppéiste » qui a rejoint Macron. C’était le socle qui avait assuré à Sarkozy ses 53% en 2007.
J’exclus la solution gauchiste du RN qui est « ni droite ni gauche, pour gagner on va rassembler la droite dure avec des gens d’extrême gauche » qui soit, sont assez pauvres pour vivre dans des banlieues et en avoir marre de l’immigration, soit assez politisés pour préférer la politique d’assistanat modéré prônée par MLP, au mondialisme de Macron. Cette technique, si elle s’est montrée excellente pour passer de 20 à 40 % au deuxième tour (et donc être majoritaire dans les territoires ruraux), a montré ses limites dans la conquête du pouvoir : pour gagner, il faut un minimum de succès dans des villes moyennes ou grandes. Or ces villes du sud et de l’est de la France, qui votent à droite pour des raisons de sécurité ou de traditions (je pense à l’Alsace, très ancrée à droite depuis des décennies, par exemple), ont du mal à basculer vers le RN. Le discours d’assistanat les rebute.
S’allier, mais avec qui ?
Pour gagner, il faut donc faire des alliances, car la droite recouvre en fait de nombreux électorats très fragmentés en France. Si on divise les 35% environ qui votent régulièrement RN, Reconquête ou LR, on peut trouver plusieurs familles :
- Des souverainistes, l’électorat qui votait Pasqua ou De Villiers, très anti Europe, plutôt libéral en économie, et conservateur, plutôt âgé : 5%
- Des Libéraux, enfin ceux qui n’ont pas rejoint Macron et votent encore à droite, âgés aussi : 5%
- Des classes populaires jeunes plutôt à gauche mais très anti immigration : 5%
- Des conservateurs du type « catholique pratiquant » ou « droite de valeurs » plus pratiquante mais attachée aux traditions, conservatrice : 10%
- Des classes populaires de tous âges, de revenus moyens, artisans, retraités, jeunes, anti immigration : 5%
- Des identitaires, à la limite parfois du racisme, inquiets de la perte d’influence de la France, assez cultivés : 5% (on retrouve dans ce dernier « tas » une bonne partie de ceux qui votent différemment, pour Asselineau, Philippot, un peu Reconquête)
Chacun de ces groupes a de bonnes raisons de ne pas vouloir s’associer aux autres. Les libéraux n’aiment pas les catholiques ni les identitaires. Pourtant, il forment une bonne moitié des électeurs Macronistes et sont indispensables pour gagner au 2e tour. Cela explique pourquoi Zemmour tient toujours des positions d’équilibriste sur des sujets comme le covidisme, le mariage homo, ou tous ces sujets où les libéraux et les conservateurs sont opposés : il est dans une démarche politique où il veut gagner et il a besoin des deux pour ce faire !
Cela explique donc une bonne partie de la défaite récurrente de la droite :
- Soit elle renie en permanence une partie de ses valeurs, pour gagner avec le centre
- Soit elle s’enferme dans un discours radical qui peine à élargir, d’où la ribambelle de partis n’ayant jamais ou rarement dépassé les 10% : Debout la France, le MPF, le MNR, le Parti de la France, Philippot, Asselineau, …
Qui est acceptable ?
Le débat de fond c’est « qui est acceptable » ? Bien que plaidant tous pour une dédiabolisation, chacun ne se gêne pas pour diaboliser les partis qu’il juge plus infréquentable que lui. Ainsi le RN va taper sur les identitaires et Reconquête, Reconquête va refuser le soutien du Parti de la France, qui lui-même va se démarquer tout de même de Civitas ou des néo nazi du genre « Démocratie Participative »
Les gens de bonne volonté de droite pensent que les identitaires ou le PDF, sont de bons alliés. J’en suis beaucoup moins sûr pour une raison très simple : oui je suis d’accord qu’il ne faut pas exclure, mais il faut avoir une vision en commun. Or :
- Actuellement, la droite n’a pas de vision en commun. La seule référence qu’elle a est négative, c’est le refus de l’immigration de masse et de la perte d’identité de la France. Mais cela n’a jamais créé les bases d’une vision d’avenir, d’un projet fédérateur, qui pourrait d’ailleurs s’élargir éventuellement à des gens de gauche de bonne volonté qui veulent éviter le mondialisme sauvage et le productivisme prônés par les centristes, mais sans être des assistés.
- Sans cette vision, ce sont donc les « degrés de refus de l’immigration » qui définissent l’axe gauche-droite. Alors qu’en fait, la position sur les questions sociétales est bien plus importante.
En mettant l’immigration au coeur de toutes ses campagnes, Zemmour fait un calcul de court-moyen terme, à dix ans, pour gagner avec des macronistes-juppéistes sur un plus petit dénominateur commun. Mais il nous condamne à la mollesse sur les sujets sociétaux de fond;
En effet, bien qu’ayant déclaré plus ou moins la guerre aux aspects trop extrêmes du progressisme (comme le wokisme à l’école), Zemmour reste complètement dans le système, comme tous les droitards qui l’ont précédé :
- il veut continuer à construire une société sécuritaire qui espionne tout le monde, soi disant pour la sécurité mais en fait surtout au profit des multinationales qui nous gouvernent (et qui le financent)
- il ne veut pas revenir en arrière sur les « progrès » de la gauche comme le mariage homo, et encore moins sur ceux d’avant. Rien que le sujet de l’avortement file des boutons aux gauchistes : souvenez-vous qu’en 2017, Fillon avait du s’excuser d’être personnellement contre l’avortement, et promettre de ne pas revenir sur la loi. Zemmour s’est bien rangé du côté des gauchistes sur ce sujet. Je n’ose même pas parler de sujets comme la contraception ou le divorce, qu’à défaut de pouvoir interdire, il faudrait tout de même limiter au maximum.
Loin d’être un détail, cette structuration de l’idée force de la droite est très importante et explique pourquoi, au fond d’eux, les identitaires n’aiment pas les conservateurs, et ne sont pas vraiment nos amis.
- Zemmour a ouvert la voie aux identitaires, en faisant de l’immigration le thème central, et eux ont traduit cela en « racial » avec leur culture propre (cette idée qu’il y a une sorte de nation européenne blanche)
- Le RN s’est replacé sur un terrain plus social de lutte contre le système des milliardaires – ce qui reste honorable mais est hélas très mal retranscrit dans des positions parfois incohérentes en économie
- Les conservateurs, dont je suis, placent l’aspect sociétal en premier
Ces 3 points de vue ne peuvent pas cohabiter car ils s’opposent très vite. J’en donne ici deux exemples personnels, lors d’échanges sur des canaux télegram ou des articles :
Les 3 exemples : Ukraine, Dempart, anti – supermarché
Premier exemple : L’Ukraine. Là où le libéral soutient l’Ukraine par atlantisme et par un vieux réflexe pavlovien anti-russe, le conservateur lui va plutôt être pro-russe, car il préfère vivre dans une dictature d’où le péché wokiste est banni, que dans un paradis libéral mais infesté d’un esprit immoral. Quant à l’identitaire, il se déchire sur cette question : les plus racistes vont soutenir l’Ukraine car c’est une nation blanche, les vieux plus modérés, à tendance souverainiste, vont eux hésiter et se poser en juges de paix, écartelés entre les deux camps. Impossible de trouver un terrain d’entente. En lisant les commentaires sur les canaux Telegram identitaires type « Parti de La France », on prend conscience que leur racisme qu’ils essayent de cacher, ressort à fond pour soutenir l’Ukraine. Ironie lorsqu’on sait que l’Ukraine est le seul pays du monde, avec Israël, à avoir à la fois un président et un premier ministres juifs.
Deuxième exemple : les commentaires sur le site Démocratie Participative. Ce site néo nazi met la race en premier. Ainsi, lors d’une émission pendant les années covid vers 2021 je crois, les participants (au demeurant d’un niveau intellectuel et historique assez limités, mais mon côté anarchodroitiste me dit d’écouter tous les son de cloches même ceux qui sont interdits) avaient commenté les réactions de différents groupes de droite, à la pLandémie. Bien sûr, seule leur réaction était vue comme la bonne. J’avais été frappé de voir ressortir leur haine des catholiques. Je ne me souviens plus les mots exacts, mais le sens précis était : ces bourgeois catholiques n’ont aucune boussole, ils se la jouent résistants mais quand il s’agira de faire la remigration, ils voudront continuer à prôner l’accueil de l’autre et le métissage, le salut proposé à tous les peuples, au lieu de protéger notre race, donc ils ne sont pas nos amis. Outre qu’ils n’ont rien compris au message du Christ, cela montre bien qu’il serait impossible d’avoir une vision commune avec ces gens là.
Troisième exemple : sur son blog, l’auteur Jonathan Sturel, proche du parti de la France et de toute cette frange qui se dit chrétienne au parti de la France, publie un texte anti supermarché. Connaissant très bien le milieu des supermarchés car je connais personnellement des propriétaires de supermarchés, je me suis permis de répondre. En effet, le message initial disait qu’en gros ces sale gros patrons avaient été favorisés par les gouvernements successifs pour tuer les petits commerces (sous entendu tuer les commerces des petits blancs pour favoriser des produits mondialistes). J’ai donc indiqué que c’était complètement faux, qu’il n’y connaissait rien et que lui aussi, sur ce sujet, répétait des bếtises qu’il avait entendu sur les médias mainstream : bêtise comme quoi les supermarchés se font plein de marge, profitent de la guerre, volent les agriculteurs, etc. Je connais les marges ultra basses du secteur (sauf sur les produits frais, c’est vrai) et donc j’ai recadré les choses. Loin d’accepter le débat, l’échange a tourné au vinaigre et on m’a bien fait comprendre qu’ici c’était lui le chef, qu’il savait tout et que je ne pouvais pas remettre en cause sa parole, car lui participe à des évènements, etc. Cela prouve que ces identitaires sont assez incultes (je me permets de généraliser car j’ai eu deux expériences similaires sur le Telegram du Parti de la France), racistes même s’ils cherchent à le cacher, et en définitive incapables d’alliances politiques. Au pouvoir, il est très probable que leur droitisme les mène rapidement à une dictature d’extrême droite paramilitaire du type Pinochet
Pour conclure, il n’y a pas de solution miracle pour réaliser une union des droites. Aucune n’est vraiment satisfaisante. Voilà pourquoi il me parait important d’agir plutôt au niveau local, là où les étiquettes politiques importent moins, en mettant en oeuvre la subsidiarité réelle et le bon sens.