Dans les milieux « ex Ecclesia Dei » comme on dit, le sujet de la solution d’un ordinariat est un serpent de mer. Souhaitée par les uns, rejetée par d’autres, elles fait couler de plus en plus d’encre depuis le sinistre « Traditiones Custodes » de François qui a, en 2021, restreint drastiquement la liberté pour les prêtres de célébrer la messe tridentine et d’utilier les sacrements associés.
Dans un article publié début 2026, et transmis à de nombreux cardinaux, le RP de Blignières, de la FSVF, a voulu profiter de l’occasion du synode de janvier 2026 (dont la liturgie est l’un des thèmes), pour donner des idées aux cardinaux. Notamment, il a voulu leur faire part de l’idée de l’ordinariat pour « résoudre » le « problème » des traditionalistes. On pourra mettre à son crédit que, même si la solution est débatable, mettre sur la table, et dans l’esprit des cardinaux, l’idée que l’Eglise doive faire évoluer ses lois pour « régler » cette question, est bénéfique. Tout sera mieux que Traditionis Custodes
L’article est reproduit sur le forum Catholique (FC) et sur le substack de Diane Montagna.
Il est toujours étonnant de voir la vacuité profonde de ces propositions. Bien sûr, une proposition faite à des cardinaux ne peut pas (quoi que.. il pourrait y avoir un powerpoint ou un docx joint, plus détaillé) être trop longue. Néanmoins, il est frappant de voir que le seul argument en gros est « cela va favoriser l’unité » et le pourquoi, bin parce que ca va décharger les évêques de la gestion des paroisses tradis de l’ordinariat, tout en laissant les fidèles dans un « double attachement ». Ultra simpliste
Petite parenthèse : une lettre qui nous parle de « Saint Jean-Paul II » prouve que son auteur n’est plus vraiment tradi. Mais c’est un autre débat.
Si on rentre dans le détail, on se rend compte que la proposition tient plus de l’incantation magique. On ne voit pas du tout en quoi cet ordinariat règle quoi que ce soit. C’est un peu comme si un fiscaliste vous disait de changer votre statut de SARL à SAS pour résoudre vos problèmes financiers : on comprend qu’il y a un changement de structure juridique, mais on ne voit pas en quoi concrètement, sur les problèmes réels, cla fait avancer le schmilblick.
Par exemple, pour les évêques, le père de Blignières propose qu’il y en ait à la tête de l’ordinariat, plusieurs, sous-entendu par zones géographiques, et de préférence issus des communautés qu’ils vont servir. Mais non ! cela devrait être obligatoire. Imaginons même un « ami » comme un Mgr Schneider, il aurait du mal à comprendre le quotidien de communautés tradis qu’il connait peu, et de la messe qu’il célèbre rarement. Sans oublier que toute l’histoire des négociations tradis, incluant entre Mgr Lefebvre et Mgr Ratzinger en 1988, est ponctuée de tentative d’arnaques du Vatican. Chat échaudé craint l’eau froide, on peut à juste titre s’attendre que justement, dans les détails de mise en oeuvre d’un ordinariat, loin de l’idée idyllique d’un ordinariat qui protège ses fidèles, le Vatican cherche à les isoler dans une réserve d’indien, et à les forcer peu à peu au bi-ritualisme. L’exemples des Dominicaines du Saint-Esprit de Nantes est à ce titre, symptomatique. Rappelons que depuis 2023 ou 2024, la communauté a désormais une messe moderne dos au peuple en latin, 6 jours par mois, ainsi que l’introduction dans toutes les messes tridentines, du calendrier liturgique, et des oraisons mineures, du novus ordo. Ca, c’est l’esprit « François », que Léon XIV n’a toujours pas renié.
Donc, pour reprendre sur les évêques, imaginons que ce soit un moderniste, même « positif » envers les tradis comme le cardinal Bustillo. Il ne ferait que suivre les ordres du Vatican, et si ces ordres disaient qu’il faut « mélanger » le novus ordo avec l’ancien comme cela a été fait chez les Dominicaines, il le ferait. Imaginons que le but soit de forcer les tradis à « rentrer dans le rang », c’est à dire que les attirer dans l’ordinariat pour pouvoir ensuite mieux les faire chanter ? « Vous aurez vos confirmations, vos mariages, vos prêtres en messe tridentine, uniquement si vous acceptez que vos messes en semaine soient en novus ordo, et que vos rubriques le soient aussi ? ». Ce serait tragique. Or, à date, absoluement rien, ni dans la solution juridique proposée, ni dans l’état d’esprit récent du Vatican, ne nous préserve de cette hypothèse.
Tout cela, pour montrer que la solution n’est pas dans le juridique, mais dans un changement d’état d’esprit du Vatican. C’est d’ailleurs à cause de cette duplicité que la FSSPX n’a jamais signé d’accords. Contrairement à ce que disent les « résistants » pro Williamson, que ce soit Mgr Lefebvre ou ses successeurs, la frat n’a jamais refusé par principe un accord avec le Vatican. Ils ont essayé de bonne foi, sont arrivés deux fois très près d’un accord, et les deux fois ont dû annuler à cause d’un durcissement de position du Vatican au dernier moment.
Autre exemple, les implantations. L’ordinariat n’aide pas, on comprend que concrètement, si désaccord il y a, l’ordinariat devra « dialoguer » avec l’évêque qui ne peut pas qu’une communauté tradi s’implante dans une ville de son diocèse. Mais le processus n’est pas clair ! L’évêque diocésain garde-t-il le dernier mot ? L’ordinariat peut-il faire une sorte d’appel au Vatican, qui pourrait imposer le prêtre lié à l’ordinaire dans une paroisse ? Comment ?
Et comment les prêtres de l’ordinariat cohabiteraient avec ceux liés au diocèse, dans une même paroisse ? Le conseil paroissial aurait-il son mot à dire sur les horaires, sur le fleurissement des autels, sur le journal paroissial pour annoncer ou pas les messes tradis ? Comment un prêtre diocésain pourrait demander son rattachement à l’ordinariat ? On se doute bien que de nombreux diocèses occidentaux, déjà en manque de prêtresn ne verraient pas ces départs d’un bon oeil, voire les interdiraient s’ils le peuvent.
Comment seraient nommés les évêques à la mort des précédents ? Sujet qui avait aussi posé problème pour la frat.
Et enfin, le sujet qui fâche : à qui irait l’argent des quêtes ? Lorsque le diocèse met à disposition de l’ordinariat une église, qui payerait quoi ? L’ordinariat aurait-il le droit de lancer la construction d’églises nouvelles sur le territoire de tout diocèse (un point qui permettrait de « régulariser » les églises de la FSSPX et d’en créer de nouvelles, ils donc ultra crucial pour envisager que la FSSPX songe à se mettre sous le paravent de cet ordinariat). Si non, il est évident que mêmes des communautés ex Ecclesia Dei seraient hésitantes, notamment en Amérique du Sud ou Asie où les constructions sont fréquentes.
On voit bien que sans réponse à tout cela, l’ordinariat est une coquille vide qui en soi n’est ni meilleure ni moins bonne que d’autres solutions. On comprends l’idée juridique qu’un évêque soit à la tête de ce ou ces ordinariats, car comme le disent les articles, ubi episcopus, ubi ecclesia. Mais une solution autre pourrait avoir les mêmes avantages, par exemple si le Vatican reconnaissait la primauté de chaque prêtre a dire la messe qu’il souhaite, sur simple déclaration auprès du pape sans que son évêque, conseil présbytéral ou laic ou que sais je, puisse s’y opposer.
Car sur le fond, je ne vois pas en quoi les fidèles attachés au rite tridentin devraient avoir cette sorte de « carte du monde » qui recoupe des pays/diocèses. Les solutions évoquées, que ce soit Campos ou les anglicans, ou les Uniates Ukrainiens, etc. soit liés à un héritage historique très ancien (des schismes ayant duré des siècles, et pas une brouille de 60 ans) ET à une géographie particulière (un diocèse du Brésil, des pays anglophones, etc). Le traditionalisme est mondial, au contraire également des autres rites comme le byzantin, slavon ou tout autre. Aussi, cela n’est pas satisfaisant intellectuellement.
La vérité, c’est que aucune solution ne sera satisfaisante, puisque la nouvelle messe est objectivement plus mauvaise dans tous les cas et pousse les fidèles à l’hérésie. Donc toute solution « pratique », en dehors d’un retour du Vatican à la vraie foi, est un compromis batard. Si Rome continue ne serait ce que de favoriser le novus ordo (ce serait mieux de l’interdire mais bon…), il est clair que leur visée d’éradication de « l’autre » rite latin continuera, dans une logique centralisatrice qui est à l’oeuvre au Vatican depuis des décenneies (même en dehors de tout considération de foi, cette « autre » messe gêne les évêques diocésains et le pape car cela complique le quotidien, complique la gestion des paroises, les horaires de messes de minuit ou fêtes, etc). Donc toute cette idée d’ordinariat des Ecclesia Dei est vouée à l’échec.
Maintenant, on peut comprendre que d’un point de vue strictement du bien des âmes, cette solution batarde sera mieux que Traditionis Custodes. Chacun son combat. Eux veulent des églises et des messes, Nous, nous voulons la conversion du Vatican, son retour à la vraie foi. Nous ne nous battons pas sur le même plan. Les deux sont complémentaires. Simplement, nous avons la chance de ne pas avoir de compromission à faire, car nous savons que l’état d’exception nous autorise à sacrer des évêques. Même si l’ordinariat existait, dans la mesure où il demanderait des choses inacceptables (tel que pour les Dominicaines), cela justifierait les sacres sans mandat. Il y a donc de la place pour toutes les nuances tradis, mais hélas je crains fort, vu le fossé qui se creuse avec des gens qui osent parler de « Saint Jean Paul II » malgé Assise et tous ses auters scandales, que la situation soit loin d’être réglée. Deus meus, adveniat regnum tuum !