Quand un sociologue veut cerner Civitas

août 18, 2017 by Non classé No Comments

Un article récent de « Media Presse Info » a retenu mon attention. Pourquoi ? Parce que nos « ennemis » les libre-penseurs des grands journaux type Le Monde, commettent sans cesse des raccourcis indignes de journalistes. Malheureusement, nos amis font aussi des raccourcis . Qu’ils prennent exemple sur ceux qu’ils dénoncent, au moins pour la rigueur des notes de bas de page.

Dans cet article de 2017, MPI dénonce le fait que nos « ennemis » essayeraient de nous infiltrer.

J’ai envie de dire : et alors ? Nous ne sommes pas des sectes maçonniques : nous sommes contents que des incroyants viennent nous voir, même si c’est avec une volonté de nous nuire, ou une volonté neutre (sociologique, ce qui est le cas de ce monsieur Kevin Geay). Qui sait ? Dieu permettra peut-être que cela lui fasse du bien. De plus, nous n’avons rien à cacher : croire que le diable a besoin d’envoyer un sociologue pour espionner Civitas et trouver ses plans secrets de reconquête des âmes, c’est être d’une naïveté étonnante. Pour paraphraser Sainte Jeanne d’Arc, nous militons, et Dieu donnera la victoire. Croire qu’un petit conciliabule de 10 personnes dans Paris peut avoir un plan secret qu’il ne faut pas donner à l’ennemi, c’est croire que la force vient de nous, de nos intelligences, alors qu’elle vient de Dieu et du Saint-Esprit qui veille sur le monde.

MPI croit que la foi, c’est la guerre comme en 40 ?

Quand je lis sur MPI : « Imaginez-vous en 1942 un chef de réseau de la résistance dire « le Standartenführer Schlag est un grand intellectuel, j’ai dîné avec lui à sa demande pour lui expliquer les buts de la résistance qu’il étudie avec honnêteté » ? ». », je suis désolé, mais je suis proche de mourir de rire. Si les gens de Civitas pensent être la résistance, et qu’un combat de rechristianisation est semblable à la 2e guerre mondiale, ils se gourent complètement. Mais vraiment ! Et le pire, c’est que du coup, ils valident les théories de Kevin, lorsqu’ils prétend que Civitas forme un groupe assez fermé, avec ses codes qui déroutent les nouveaux venus, et que c’est une structure incapable de s’ouvrir à un plus grand nombre (je ne parle même pas du plus grand nombre : les exemples donnés par ce Kevin sur l’incapacité de Civitas à convertir des gens « proches » comme des royalistes ou des nationalistes, sont assez édifiants).

En plus, quand on lit l’article du dit Kevin, il faut reconnaître qu’il reste assez factuel. Bien sur, il interprète tout cela à l’aune de sa philosophie moderniste, et commet donc un tas d’erreurs d’interprétations. Mais il ne dépeint pas les tradis comme des racistes, des machos qui veulent faire de leurs femmes des esclaves, des fous de Dieu passant 15h par jour à prier, ou je ne sais quels poncifs souvent entendus contre nous. Cela démontre une certaine finesse par rapport à des blogs comme celui des « Droites Extrêmes » du Monde qui nous confondent encore avec des skinheads d’extrême droite, ou presque.

Ce n’est pas la première fois que nous sommes mitigés sur Civitas. Il faut donc revenir plus en détails sur quelques unes des erreurs de ce Kevin, afin de lui montrer à lui aussi, qu’il n’a pas tout compris.

Les erreurs de Kevin Geay

Tout d’abord un petit satisfecit, sans le savoir, l’auteur cite une étude sur le nombre de tradis en France .. faite par nous ! Mais il se trompe : il prétend qu’un livre de 2002 est basée sur notre site. Or notre étude est initialement parue en 2012 sur tradition.over-blog.com, puis a été déplacée sur NOM. Le livre de 2002 cite en réalité le chiffre « officiel » donné par Mgr Fellay à l’époque, de 50 000 fidèles de la FSSPX en France. Nous avions pour notre part estimé à 35 000 ce nombre, chiffre donc repris par Kevin. Ce chiffre, nous l’avions calculé chapelle par chapelle, et il est donc relativement précis. Mais, sans nous remettre en cause nous mêmes (ayant visité déjà personnellement environ 20% des lieux de cultes tradis FSSPX de France, nous savons de quoi nous parlons..), cela montre que l’étude la plus sérieuse avec des notes de bas de pages dans tous les sens, peut se baser sur des chiffres discutables sans le savoir. Pour autant, que MPI en prenne de la graine, une étude avec des dizaines de notes est toujours plus factuelle qu’un article au vitriol qui dénonce des choses sans sources..

Bref, revenons aux erreurs.

 » des trajectoires homogènes : l’apprentissage du goût de la déviance [8] intégriste commence dès l’enfance, au sein d’univers clos tels que les regroupements traditionalistes ruraux, les écoles privées hors contrat, et les associations paroissiales de la FSSPX

Nous ne remettons pas en cause ce que ce Kevin a vu chez Civitas Paris, qui de plus, à l’époque, devait être moins gros que maintenant : mais dire que les trajectoires sont homogènes est globalement très faux au sein du monde tradi. Pour s’en convaincre, il suffit de penser à une chose : les tradis ont en moyenne environ 4 à 5 enfants par femme – chiffre à prendre avec ces pincettes, mais bon ordre de grandeur. Un tel nombre suppose (en n’oubliant pas que la pyramide des âges des fidèles est bizarre : encore beaucoup de vieux qui ont connu les années 60 et la messe d’avant, peu de gens dans la force de l’âge, et beaucoup d’enfants dus à cette natalité) environ 12 à 15 mille enfants de moins de 18 ans. Or, les écoles de la fraternité sont très très loin d’avoir autant d’élèves : pour le secondaire (collège et lycée), elles sont une vingtaine (les écoles étant séparées entre garçons et filles il faut les additionner). Dans ces écoles secondaires, il n’ y a jamais plusieurs classes pour un même niveau, et le nombre d’élèves par classes est très souvent plutôt autour de 15 ou 20 que des standards de l’éducation nationale (25-30) – voire moins lorsqu’il s’agit de petites écoles. Donc en comptant largement, le nombre d’élèves dans le secondaire de ces écoles serait de l’ordre de 2100 (20 x 105) : alors que, avec 667 à 833 enfants par tranche d’âge, le total est de l’ordre de 4700 à 5800 : cela implique un taux de scolarisation « intra FSSPX » de l’ordre de 45% max, et probablement moins. Les autres enfants ne sont pas forcément dans des écoles « proches » (autres tradis type FSSP) car ces écoles sont également en petit nombre : ils sont plutôt dans des collèges et lycées « conciliaires ». Pour le primaire, il y a bien plus d’écoles, mais beaucoup plus petites (souvent des classes de 5 à 10 élèves), le pourcentage monte probablement un peu mais reste très loin de la « trajectoire homogène » revendiquée.

D’ailleurs, plus loin dans l’article, Kévin parle de la « déviance » (au sens de la différence par rapport à la norme sociale du 21è siècle), et des situations de minorité vécues dans une école conciliaire.. il l’a donc croisé aussi en la personne de « Pierre-Antoine ». Ensuite il décrit le chiffre de 300 écoles hors contrats de la FSSPX, qui est totalement fantaisiste : on en compte une centaine dans l’annuaire officiel sur le site, et encore je n’ai pas dédoublonné ceux qui apparaissent à la fois côté garçon et côté fille. Dans son article, il décrit le fait que de toute façon, que ce soit dans une école tradi, à la maison via les lectures, les veillées, la « mémoire » des histoires familiales des parents qui ont du batailler pour trouver un mariage en messe de Saint Pie V, etc…, il se forge une sorte d’identité tradi. Certes, c’est tout à fait vrai. Ce qu’il ne perçoit pas, et qui est pourtant tout aussi vrai, c’est que les 97% de non pratiquants en France, se forgent aussi leur identité de relativisme :

  • ils ont leurs dogmes : l’antiracisme, la tolérance, l’acceptation de toutes les déviances morales (avortement, euthanasie, LGBT, ..), surtout celles pas encore légales qui sont forcément encore plus cool, le fait qu’il n’y a pas de vérité, que « l’extrême droite c’est le mal », la technologie c’est le futur, etc…
  • ils ont leurs prêtres et leurs cérémonies : journalistes via des « 20h » et des talk-shows, people via des chanteurs et artistes, sportifs via des matchs de foot. La ferveur et le déchaînement de sensualité (ou de virilité beauf, au choix, quand il s’agit de foot) dans certains de ces événements n’a d’égal en intensité que le recueillement de tradis pendant la messe ; ils ne comprennent pas comment nous pouvons rester 1h ou 1h20 devant les rituels de la messe, principalement dociles et peu mobiles : nous ne comprenons pas non plus comment ils peuvent rester 1, 2, 3h devant des matchs de foot ou des concerts, à crier, se trémousser dans tous les sens.

 

Par cette comparaison, j’insiste sur le fait que ce Kevin, tout sociologue qu’il est, ne s’est pas regardé dans le miroir et n’a pas vu que ce sentiment de différence que nous avons, n’est pas qu’un sentiment : il est le résultat de cette différence fondamentale de philosophie, qui nous fait vivre pour l’au delà, pour Dieu, et change donc tellement nos priorités, que « leurs » priorités nous semblent délirantes.

Les « ressources hors systèmes »

Kevin écrit : « La conformation des jeunes intégristes au rôle prescrit par leur socialisation se réalise d’autant plus facilement que la nébuleuse contre-révolutionnaire dispose, à l’instar des écoles du PCF étudiées par Bernard Pudal de suffisamment de ressources pour consacrer « hors système » ses membres les plus dévoués et conformes. »

On croirait, en lisant tout son paragraphe qui suit, et ses exemples de personnes qui ont trouvé des petits boulots ou logements via l’entraide de St Nicolas du Chardonnet, que toute le monde tradi vis en vase clos, avec ses médecins, ses coiffeurs, ses magasins, ses emplois, etc… là, il faut qu’il se calme le Kevin : le tradiland n’est pas un monde de bisounours dans lequel tout le monde s’aime et se fournit des emplois, à la manière des franc-maçons, des afghans de Paris, ou de je ne sais quelle communauté hyper soudée. Déjà, parce qu’il y a tant d’idées et de désaccords au seins des tradis, tout le monde est plus ou en moins en désaccord avec tout le monde : sur de la politique (pro ou anti FN, pro ou anti Algérie Française..), sur les écoles (pro ou anti pensionnat ? pro ou anti école conciliaire), sur des histoires locales (pro ou anti tel abbé, telle organisation), sur la religion (pro ou anti accords avec Rome ? pro ou anti Mgr Lefebvre ? pro ou anti foulard à la messe ?).

Ensuite parce que justement, les tradis sont assez mal organisés, n’ont pas de réseau social propre, et que leurs tentatives de « réseautage » se retournent régulièrement contre eux : qui n’a pas entendu, dans nos milieux, une histoire de quelqu’un qui a sollicité un médecin ou un artisan « parce qu’il était tradi » mais que finalement il a été déçu et on ne l’y reprendra plus. Nous sommes trop amoureux du beau et du vrai pour choisir nos relations de travail et de commerce avant tout en fonction de leur étiquette religieuse : nous préférons avoir le meilleur travail au meilleur prix, et bien sur nous ferons de notre mieux pour que cela reste dans notre communauté : mais il y a bien des domaines (ex: banque) dans lesquels cela est compliqué voire impossible de faire appel à un tradi

 

Non, nous ne sommes pas secrets

Le paragraphe suivant de Kevin voit dans les tradis de Civitas des gens qui sont dans une structure sectique dans le sens où elle aurait des cultes (via le latin) et des « pratiques culturelles »

Il écrit :

Cette dimension s’objective de deux manières : dans le formalisme poussé du rite tridentin d’abord, censé garantir l’intégrité du dogme ; dans la codification des pratiques culturelles au sens large ensuite, garantie de la rectitude morale des militants

Il n’a pas du tout compris la place que le latin occupe dans l’Église depuis une bonne dizaine de siècles voire plus. Une langue morte a un énorme avantage : le corpus de livres écrit dans cette langue ne bouge plus. Le sens de ses mots ne bouge plus. Lorsque le français évolue, il devient nécessaire de ré écrire ou re expliquer des choses philosophiques pour les actualiser avec les nouveaux sens des mots. Exemple que nous citait ainsi notre professeure d’étymologie en 5e, au moyen age, les mots « entrailles, ventre » étaient des mots positifs, le mot « poitrine » négatif. De nos jours, cela s’est inversé. « Entrailles » est heureusement peu utilisé dans le monder moderne, et donc peu connu, mais il fait plus penser à des entrailles de poulet pleines de viscères, qu’à un mot noble. Cet exemple illustre que la définition des dogmes en langage vernaculaire est soumise à la variation du sens des mots, ne serait ce que pour le choix de mot d’un champ lexical adapté (pour la forme des idées), mais encore plus pour le choix par rapport au « fond » des mots.

Le Latin permet d’avoir une langue intangible : cela réduit les hérésies, les controverses à cause de mots désuets… ce n’est pas du tout, comme l’écrit Kévin, pour mettre une distance. Il écrit : « L’adéquation chaque dimanche renouvelée entre fidèles, prêtre, et rite tridentin, nécessaire à la cohésion d’un groupe qui se perçoit comme assiégé, se fait donc au prix de l’exclusion des membres potentiels qui ne sont ni bourgeois ni virtuoses de la dévotion« . C’est totalement idiot. Au moyen-âge, lorsqu’une bonne partie de la population ne savait pas lire ou écrire, et parlait des patois, était-il plus facile pour les gens du peuple de s’acculturer aux cérémonies du Dimanche ? Bien sur que non, et pourtant, ils y arrivaient, personne à l’époque ne songeait à « simplifier » (enfin si, les protestants ont fait cela, mais en changeant le dogme). Je parie fort que n’importe quel incroyant, musulman ou athée qui rentre pour la première fois dans une église où la messe se dit en français, sera tout autant dérouté ; et pourtant il comprendra tous les mots en français, mais il n’en saisira pas le sens profond, qui ne vient qu’après des années de pratique religieuse. Cette histoire de distance est complètement bidon. Il en va de même de n’importe quel groupe avec un niveau « d’expertise » élevé. Essayez d’aller dans un club d’échecs, de bridge, de basket, de philatélie, de ce que vous voulez, en tant qu’adulte totalement néophyte : vous vous sentirez perdu : c’est votre implication personnelle et votre soif d’apprendre qui vous permettront de vous intégrer au groupe. Il ne s’agit donc aucunement d’une volonté des tradis de se distancier du reste du monde : c’est juste une triste réalité du fait que être catholique aujourd’hui en France n’est plus « mainstream » comme cela a pu l’être pendant une quinzaine de siècles, c’est devenu une expertise minoritaire. Kevin, de plus, avec sa vision d’incroyant, projette ses propres difficultés à infiltrer le groupe de Civitas, dans cette histoire que lui raconte « Marc », et il les généralise. Il y a pourtant des tas d’exemple de convertis qui en un an ou deux, se sont appropriés tous les rites, le latin, etc.. j’en ai des exemples dans ma propre famille proche.

De plus, pour Kevin, ces codes de Civitas sont ceux de la bourgeoisie, car il a mené son étude à Paris : s’il avait été à Lille ou au Havre par exemple, dans des chapelles de la FSSPX modestes (à Lille modeste avant d’être rebâtie vers 2006), il aurait découvert une toute autre réalité du monde tradi, avec beaucoup moins de bourgeois et beaucoup plus de prolétaires.. à l’image de la ville en fait ! Croire que les tradis sont des bourgeois est tout aussi crétin que de croire que les juifs sont des riches : mais nous n’avons aucune loi anti raciste pour nous protéger de ce genre d’accusation, nous.

Non, nous n’écoutons pas que de la musique sacrée

Kévin écrit plus loin, par rapport à nos pratique « culturelles » : la croyance d’A. Escada en l’effet direct des messages sur les mœurs militantes est à rapprocher de celle, dénoncée par Roger Chartier, qui investit la lecture « d’un pouvoir de persuasion si puissant qu’elle est à même de totalement transformer les lecteurs et de les faire être comme les textes veulent qu’ils soient

Il fait déjà un sacré raccourci en prenant au pied de la lettre les paroles d’Escada. Je ne nie pas cette tendance dans les fraternités : moi aussi j’ai entendu ces paroles disant que Wagner ou Beethoven n’étaient pas assez bien pour être écoutés. Pour autant, tout le monde n’est pas aussi extrême dans son interprétation des musiques « bonnes pour l’âme ». Mais même si dans les faits, nous sommes plus conciliants, nous ne pouvons évidemment pas accepter n’importe quoi : de la même façon qu’un soixante-huitard n’accepterait pas d’écouter des chants miliaires ou religieux ! On ne peut pas réduire LA musique à la musique pop actuelle, même si, sous ses avatars variés (pop, rock et rap principalement, techno dans une moindre mesure à part certains auteurs très connus), elle représente 90% de la production et de la consommation musicale du 21e siècle. Quantité ne veut pas dire qualité. On peut très bien se couper d’une portion arbitraire de la musique (qui variera selon le degré de « pureté musicale » revendiqué par différents tradis) et avoir toujours des milliers d’heures de musique à écouter, une vie entière ne suffirait peut être même pas..

Quant à annoncer comme Kevin que les lectures et les musiques n’ont aucun effet sur les lecteurs/auditeurs, c’est une prise de position, très loin d’un simple compte-rendu sociologique, et qui de plus est particulièrement fausse. Diverses études l’ont prouvé, certains centres commerciaux s’étaient même mis à passer du classique pour calmer la clientèle. Mais bien entendu, pour un Kevin et toute une société qui baigne dans la surconsommation, se couper d’une partie de la musique est incompréhensible. Surtout lorsque celle-ci est la plus répandue : il est en plein dans la dogme moderne qui prétend qu’une musique est mieux parce qu’elle est plus récente, d’un artiste plus connu… et tout cela est à mettre en rapport avec la création d’idoles de la religion républicaine, dont nous avons parlé plus haut.

Quand au fait que Kevin ait assisté à des « veillées » avec des musiques de tradi, en groupe, cela ne suggère pas du tout que l’écoute soit interdite en solo. Mais pour autant, le genre de chanson qu’il cite (La Blanche Hermine etc..) sont des chansons de veillées justement. Nous adaptons juste les musiques aux circonstances ! Et sur le fond, il ne s’en rend pas compte, mais il est en plein tropisme parisien : les tradis parisiens sont friands de ce genre de remémoration d’une pseudo époque disparue où tous les bourgeois de leur genre réunissaient leur famille au coin du feu, le soir, dans leur château, pour des veillées. De là à en faire une généralité.. s’il pense que les tradis en général se comportent comme les jeunes de Civitas Paris de moins de 30 ans, c’est son droit, mais ce n’est pas la réalité. Or, une sociologie, pour avoir une valeur, doit se baser sur un nombre représentatif d’individus, ce qui n’est pas le cas en étant à Paris centre… pour les « tradis de province », les paroissiens de Saint Nicolas avec leur manteaux de fourrure et autres sacs Longchamp et Lancel, nous font bien rire.

Prêcher dans le désert ? C’est pas faux

La dernière partie de l’article sur « prêcher dans le désert » est assez bien vue, car elle résume bien les difficultés de la plupart des tradis à accepter des compromis pour faire gagner leurs idées. Dans le fonds, ceci dit, nous ne pouvons qu’être d’accord avec les fans d’Escada : ce n’est pas en défilant avec de la techno contre le mariage homo, et avec des slogans flous, que nous allons gagner la guerre des idées. Mais ce n’est pas non plus avec un discours 100% centré sur les arguments catholiques, tel que prêché par Civitas. Si ce genre de discours a tout son sens de temps en temps (notamment pour des événements religieux, ou crypto religieux comme la Sainte Jeanne d’Arc), il y a une position très simple et susceptible de rassembler du monde sans froisser personne : c’est de s’en tenir au respect de la loi naturelle. Cela permet d’envisager des manifestations communes avec des musulmans ou des juifs, sur des sujets religieux. Ou encore avec des gens scientifiques, contre l’avortement, qui remettent en lumière le fait que l’enfant avorté à 12 semaines est, ADN-iquement, scientifiquement, etc.. un humain qui souffre. Car on ne convainc personne en criant « la Bible a dit ceci » ou « vous avez tort, l’Église l’a dit ». La société est tellement déconstruite que c’est par la loi naturelle, que d’autres appelaient encore le « bon sens paysan », que nous rallierons des personnes.

De plus, la « stratégie » si secrète de Civitas que les rédacteurs de MPI se désolent qu’elle soit montrée avec des « infiltrés (lol de lol), est, si elle est avérée, idiote : un sympathisant du FN, des identitaires, du PSG, … n’a pas forcément plus de « chances » de se convertir qu’un gaucho alter mondialiste qui constate les excès du capitalisme, ou qu’un gars de bonne volonté qui recherche une justice et une vérité (et d’autres valeurs « de droite ») qu’il ne retrouve pas dans la société. Certes, pour le gaucho, aller contre toutes ses habitudes immorales sera plus dur, mais la grâce fait des miracles. Dieu nous demande de semer beaucoup de graines : il ne nous demande pas d’avoir une « tactique » pour essayer de parler aux gens que nous considérons les plus proches de nous. A ce titre, le militantisme dans la vie réelle, à la Civitas, est très old school : c’est sur internet que depuis 10 bonnes années, on peut faire de l’apostolat. Un site avec des contenus apologétiques accessibles au plus grand nombre, un forum bien animé, et le tour est joué : tout cela, sans les freins de devoir commencer par des réunions où tout le monde se connaît, avec des prières, des vêtements, des références historiques.. qui effectivement peuvent faire peur à des futurs convertis.

Il y a un gros problème d’apostolat chez les tradis : les discours sont peu adaptés. L’emphase est mise sur des éléments accessoires (exemple : les dames néophytes qui se font regarder de travers parce quelles rentrent dans nos chapelles en jean) au lieu de la foi. La logique part d’éléments qui nous semblent évidents (la Bible, les encycliques, les travaux de St Thomas..) mais pour des incroyants dont le cerveau a été déformé par la philosophie relativiste, il faut remonter bien plus loin pour être compréhensibles et pour convaincre.

C’est là tout le drame : une génération est passée depuis 1988. Les « bébés FSSPX » deviennent majoritaires, ont toujours connu cette situation de séparation d’avec la majorité, et ont de moins en moins envie d’aller se battre dans la cité, et de plus en plus envie de se retrouver entre eux. J’ai même rencontré des fous qui voulaient créer des « villages tradis ». Parce que, c’est bien connu, Jésus nous a dit de rester entre nous et de ne surtout pas convertir les autres. Ah non ? Civitas se bat contre ça, mais leur positionnement sur les moyens à adopter n’est pas le notre. Du tout.

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